SE PREPARER POUR TROUVER SA JUSTE PLACE
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Cher conjoint,
Bien que ce livre traite de la relation entre les belles-mères et les belles-filles, sachez que vous y avez également votre place. Si la relation entre votre mère et votre épouse est un peu tendue, la lecture de ce chapitre devrait vous donner quelques clés de lecture pour faire en sorte que la situation s’améliore.
En premier lieu, il est important de comprendre que la relation Belle-Mère/Belle-Fille (relation BM/BF) est une relation par personne interposée. En effet, votre mère et votre femme ne se seraient probablement jamais rencontrées sans votre intermédiaire. Les deux femmes ne sont pas allées l’une vers l’autre spontanément, en raison de leur propre volonté ou grâce à un centre d’intérêt commun. Non : la plupart du temps, elles ont fait connaissance l’une de l’autre uniquement grâce à vous.
Quand les deux femmes s’entendent bien, elles ont plaisir à se voir et à se retrouver. A l’inverse, quand elles n’ont pas d’atomes crochus, la seule raison pour laquelle elles se voient, c’est vous. En effet, même si tout les oppose, les deux femmes ont au minimum un point commun : vous. Votre mère va souhaiter passer du temps avec vous parce que vous êtes son fils et qu’elle vous aime depuis le jour de votre venue au monde. Vous constituez une source intarissable de bonheur pour elle. C’est également le cas pour votre épouse : vous constituez une source de bonheur pour elle aussi, mais d’une autre manière et pour d’autres raisons. C’est avec elle que vous avez choisi de fonder une famille et de partager votre quotidien. Dans la mesure où elles veulent toutes les deux passer du temps avec vous, les deux femmes vont être amenées à se revoir… grâce ou à cause de vous.
Au-delà de vous, l’autre raison pour laquelle les deux femmes vont se retrouver réside en une coutume ancestrale : LA FAMILLE.
Comme vous l’aurez compris, si l’on vous retire de l’équation, la relation BM/BF n’a plus lieu d’exister. C’est pour cette raison que je qualifie la relation BM/BF de relation tripartite. Il y a bel et bien 3 intervenants : la belle-mère, la belle-fille et vous, le fils et le conjoint.
Une fois les trois acteurs de la relation BM/BF bien identifiés, je vous propose de nous pencher sur l’enjeu que cette relation représente pour vous. En présence d’une relation conflictuelle entre belle-mère et belle-fille, il faut bien le reconnaître, vous êtes la première victime. De par votre position centrale, vous pouvez avoir le sentiment de vous retrouver entre le marteau et l’enclume: si vous donnez raison à votre mère, vous vous prenez une soufflante par votre conjointe et si vous vous rangez du côté de votre épouse, vous prenez le risque de contrarier votre mère. Quelle posture inconfortable, n’est-ce pas ? C’est ce que l’on nomme le conflit de loyauté.
Que faire pour en sortir ?
Comme nous allons le voir, les spécialistes de la relation conjugale sont très clairs sur la posture que vous devez adopter pour trouver votre juste place dans ce trio. Il ne s’agit pas du tout de garder le silence ou d’appliquer la stratégie “ Courage, fuyons ! ” . Si vous faites partie de ceux qui ont choisi d’établir leur domicile en Suisse pour conserver leur neutralité et se sentir en paix en marge du champ de bataille, sachez que, sans le savoir, votre attitude passive ne fait qu’alimenter la tension qui existe entre les deux femmes.
Pour sortir du conflit de loyauté, vous allez devoir agir.
Voici les quatre règles d’or que vous devez respecter pour ne pas vous retrouver un jour tiraillé entre votre mère et votre épouse.
- Partager une relation d’adulte à adulte avec votre mère
De la même manière qu’une mère doit couper le cordon avec son fils pour qu’il puisse partir et fonder son foyer, le fils doit également couper le cordon avec sa mère. Ce n’est pas toujours aussi simple qu’on le pense. Pourtant, c’est la condition indispensable pour construire un couple heureux et solide.
Il faut quitter son père et sa mère pour pouvoir s’attacher pleinement à son conjoint.
Pour savoir si vous partagez bien une relation d’adulte à adulte avec votre maman, vous allez devoir observer votre manière d’interagir avec elle. Une relation d’adulte à adulte implique que vous accomplissiez toutes les tâches qui incombent à un adulte tout seul, sans faire appel à vos parents et notamment à votre maman. Qu’il s’agisse du linge, des courses, du ménage, du repassage, de démarches administratives ou tout autre petit service de la vie quotidienne, un fils devenu adulte s’assume tout seul. En d’autres termes, il gère.
Être autonome n’empêche pas de solliciter un conseil auprès de vos parents ou de votre maman pour réaliser telle ou telle tâche que vous ne maîtrisez pas encore. Mais jamais sans en avoir préalablement discuté avec votre chérie. Demandez toujours conseil d’abord à votre moitié ou demandez-lui si elle est d’accord pour que vous sollicitiez l’aide de vos parents. Une fois que vous avez son feu vert, vous ne courez plus aucun risque de vous voir reprocher quoi que ce soit.
Si jamais vous vous apercevez que :
- Votre maman n’a pas totalement coupé le cordon avec vous : elle fait à votre place sans vous laisser faire tout seul,
ou
- Si c’est vous qui avez encore du mal à vous passer de l’aide de votre maman : par habitude ou par facilité, par fainéantise ou pour ne pas la froisser,
cela vous prouve que le cordon n’est pas encore coupé entre vous et votre maman. Il vous faut agir car cette situation va avoir des conséquences néfastes tant pour votre relation de couple que pour la relation que votre mère et votre conjointe vont avoir, la fameuse relation BM/BF qui fait tant parler d’elle.
Si vous entendez votre conjointe dire qu’elle trouve votre mère intrusive, omniprésente ou ingérante, c’est que vous êtes typiquement dans la situation où votre mère va au-delà des limites qui conviendraient à votre compagne. Il se peut que votre conjointe ne parvienne pas à expliquer à votre mère ce en quoi elle va trop loin. Par peur, par timidité, en raison de son éducation et du respect qu’elle lui doit de par la différence d’âge. Dans bien des cas, la belle-fille ne sait pas comment exprimer directement à sa belle-mère que cette dernière dépasse les bornes. L’exercice est d’autant plus difficile si c’est vous, le conjoint, qui ouvrez la porte de la maison à votre maman pour la laisser faire en lieu et place de votre conjointe. Si votre épouse trouve que votre mère est intrusive, mettez-vous à son écoute afin d’en comprendre les raisons. Votre conjointe est en train de vous lancer une fusée de détresse : votre maman empiète sur son territoire et elle a besoin de votre aide pour y remédier. Rappelez-vous que depuis la nuit des temps, le rôle de l’homme est de protéger son foyer afin que sa compagne et ses petits s’y sentent bien. C’est votre mission d’assurer la sécurité au sein de votre cercle familial. En agissant en faveur de votre épouse, en rétablissant des frontières claires à l’attention de votre mère, non seulement vous n’avez aucun risque de perdre votre maman (maman un jour, maman toujours) mais en plus, votre conjointe n’en sera que plus amoureuse de vous. Que c’est agréable pour une épouse de savoir que son conjoint veille sur elle, sur son bien-être et sur le respect de son espace vital. Il n’est bien entendu pas question d’interdire à votre maman de venir vous voir au sein de votre foyer. Il s’agit de comprendre les attentes de votre épouse à ce sujet et de fixer les justes limites pour que les deux femmes se sentent chacune en paix dans leur espace vital.
L’exemple le plus flagrant de la mère qui outrepasse les limites est celui de la belle-mère qui possède la clé de l’appartement de son fils et qui y passe sans prévenir pour faire un petit peu de ménage, s’occuper de son linge, remplir son frigidaire, monter son courrier alors que le fils a désormais une petite amie ou une conjointe. C’est également le cas du fils qui demande à sa mère de lui rendre des petits services : aller chercher ses chemises au pressing, un recommandé ou un colis en point relais. En entretenant ce lien de dépendance, qui est un lien de mère à enfant et non un lien d’adulte à adulte, le fils et la mère ne se mettent pas dans les meilleures conditions pour l’arrivée d’une potentielle future belle-fille.
Donc, la première règle d’or pour que la relation entre votre mère et votre épouse se passe bien est d’établir une relation d’adulte à adulte avec votre maman.
- Le couple est maître de ses décisions
La prise de décision est un processus qui évolue dans le temps :
- Au cours de l’enfance, ce sont les parents qui prennent les décisions pour leurs enfants : aller à l’école, sortir avec des copains, partir à tel endroit en vacances…
- A l’adolescence, les jeunes commencent à prendre des décisions concernant leur vie : poursuivre un sport en compétition, approfondir l’apprentissage d’un instrument de musique, choisir telle ou telle matière à l’école, se diriger vers telle ou telle filière professionnelle… Les parents sont encore là pour les aiguiller et leur donner des conseils, mais petit à petit, le jeune s’émancipe.
- Quand il quitte le nid, le jeune adulte prend de plus en plus de décisions tout seul. Même s’il peut tout à fait solliciter l’avis de ses parents, c’est lui qui pose les choix finaux et qui en assume les conséquences. La mission des parents est justement de couper le cordon et de faire en sorte que le jeune adulte soit autonome tant dans son quotidien que dans sa prise de décision.
- A partir du moment où le jeune adulte va se mettre en couple, le processus de décision évolue une fois de plus : ce n’est plus individuellement, mais conjointement que les deux membres du couple vont prendre les décisions qui les concernent tous les deux. Si le jeune couple peut tout à fait continuer à solliciter les conseils de ses parents respectifs, il ne sera plus question de leur laisser la main dans le processus décisionnel. Et c’est précisément à cet endroit que cela dysfonctionne souvent. Le couple peut se retrouver dans deux situations distinctes qui seront tout aussi néfastes tant pour la relation de couple que pour la relation BM/BF :
⇒ soit le conjoint fait appel à sa mère au lieu de faire appel à sa conjointe pour prendre une décision qui concerne le couple (la maison, les enfants…),
⇒ soit le conjoint se range à l’avis de sa mère alors qu’une décision contraire avait été préalablement prise avec sa conjointe dans le couple.
Quel que soit le cas de figure, la règle d’or à retenir est la suivante : le couple doit rester maître de ses décisions.
Voici un exemple tiré de mon expérience personnelle : mon mari et moi souhaitions accrocher un grand miroir rectangulaire dans l’entrée de notre maison. Après une longue hésitation, nous avons décidé conjointement de le positionner en mode paysage, c’est-à-dire à l’horizontal. Ma belle-mère, de passage chez nous pour la naissance de notre premier enfant, a trouvé que le miroir serait mieux en mode portrait, à la verticale, afin de se voir de pied en cape pour ajuster ses vêtements. Convaincu par cet argument, mon mari a changé le miroir de sens et l’a positionné à la verticale alors que j’étais à la maternité. A mon retour de l’hôpital, la première chose que j’ai vue en franchissant le pas de ma maison avec notre premier enfant dans les bras, c’était le miroir placé en face de la porte d’entrée. Étonnée par le changement de positionnement, j’ai demandé à mon mari pourquoi il avait changé le miroir de sens alors que nous nous étions mis d’accord ensemble cinq jours plus tôt. Et là, il m’a répondu que c’était une suggestion de sa mère qui trouvait que c’est plus pratique dans ce sens-là. J’ai implosé sur place. Alors que je rentrais avec mon premier enfant chez moi, dans MA maison, je me suis sentie dépossédée, violée dans mon intimité. J’ai très mal vécu le fait que mon mari soit revenu sur une décision que nous avions prise tous les deux ensemble, en mon absence et sans m’en parler, juste parce que sa mère de passage chez nous trouvait que ce miroir était mieux dans l’autre sens. Sur le moment je n’ai rien laissé paraître, mais lorsque ma belle-mère est repartie, ma rage a explosé au nez de mon mari. Lui, à cette époque, n’a pas compris comment une simple rotation de 90° pouvait me mettre dans un tel état. Mais il a immédiatement remis le miroir en mode paysage pour tenter de me calmer.
Sans penser une seule seconde à mal, en suivant le conseil de sa mère, mon mari est revenu sur une décision que nous avions prise en couple. Étant une mère-louve de type alpha-dominant, j’ai vécu ce geste comme une intrusion, une violation de mon territoire : mon mari autorise une autre femelle que moi à venir mettre son grain de sel dans ma tanière. Ce fut pour moi un déni du couple, une trahison de la part de mon mari. Plutôt que de protéger notre espace vital de couple, il a laissé sa mère s’introduire dans notre sphère décisionnelle. C’est précisément l’inverse de ce que j’attends de mon conjoint.
J’espère que cet exemple vous permettra de comprendre l’erreur à ne pas commettre : vous ne devez jamais revenir sur une décision que vous avez prise avec votre conjointe.
L’autre erreur fréquemment commise par vous, messieurs les conjoints, c’est de solliciter l’avis de vos parents et notamment celui de votre maman avant de solliciter celui de votre compagne.
C’est ce qui nous est arrivé concernant les soins à apporter à nos enfants. Quand nous avons eu notre première fille, nous n’y connaissions rien en matière de bobologie des bébés. Le nez qui coule ou de la fièvre suffisait à nous inquiéter. Moi, issue d’une famille de médecins, au premier symptôme, je prenais rendez-vous chez le pédiatre, je filais à la pharmacie et revenais avec un traitement allopathique. A plusieurs reprises, mon mari, dont la famille crie haut et fort sa défiance envers les médecins, avait entre-temps appelé sa mère pour savoir quels granules d’homéopathie donner à notre fille, et ce, sans me consulter au préalable. Ma belle-mère n’est pas médecin : elle a beau être très cultivée, elle a été professeur d’allemand et bibliothécaire. Une fois encore, l’attitude de mon mari m’a fait grimper dans les tours. Ce n’est qu’avec les apprentissages en relation de couple que j’ai compris la raison de ma colère. En demandant conseil à sa mère pour soigner nos enfants sans m’en parler au préalable, mon mari a positionné sa maman à ma place : il lui a conféré le rôle de la mère, c’est-à-dire, celui de définir ce qui est bon pour mon enfant. Sauf qu’en l’espèce, il ne s’agit pas des enfants de ma belle-mère, mais des miens, vous savez, mes enfants à moi, la mère-louve-alpha-dominante. Forcément, une fois de plus, cela a fait des étincelles.
En suivant notre parcours de couple, nous avons compris qu’il s’agissait d’une erreur classique chez tous les jeunes couples. En effet, par habitude, nous appelons nos parents au secours. A l’adolescence, puis quand nous quittons nos parents pour les études ou pour commencer à travailler, nous continuons à solliciter leur aide. Nous avons besoin de leurs conseils, notamment quand ils possèdent un domaine d’expertise. Mon mari, ayant été soigné toute son enfance par l’homéopathie de sa maman, s’est tourné naturellement vers elle quand notre fille est tombée malade. Il n’a pas imaginé un seul instant qu’il était en train de me déposséder de quoi que ce soit. Il cherchait simplement un remède pour soigner notre fille. Ce qui est tout à fait louable. Mais voilà, cette attitude est néfaste pour notre relation de couple et pour ma relation BM/BF, car clairement, il y a un problème de positionnement entre ma belle-mère et moi. A partir du moment où nous sommes en couple, nous devons modifier nos habitudes, nous devons changer nos comportements à l’égard de nos parents. Ce n’est plus vers maman que le conjoint doit se tourner en premier lieu, c’est vers sa conjointe. Dans l’exemple présent, mon mari aurait dû se tourner vers moi en priorité pour me demander si j’étais d’accord pour faire appel aux compétences de sa maman en homéopathie. Nous aurions pu prendre une décision en couple. Et je ne me serais pas sentie dépossédée de mes prérogatives de mère à l’égard de ma fille.
Avec le temps et l’entraînement, nous avons réussi tous les deux à arrêter de solliciter nos parents respectifs sans, au préalable, s’enquérir de l’avis de notre conjoint. Une simple petite question du genre : « Saurais-tu que faire dans cette situation » ou « M’autorises-tu à demander l’avis de ma mère ou de mon père ? » suffit à planter des graines de sérénité au sein du couple. On peut même finir par des résultats très positifs : je dois reconnaître que tout ce que je sais aujourd’hui en homéopathie, je le dois à ma belle-mère. C’est elle qui m’a tout appris. Et lorsque j’ai le moindre doute, je l’appelle. Mais voilà, il y a un tempo à respecter, des étapes à franchir une à une : si on les grille, la relation au sein du couple et la relation BM/BF en pâtissent toutes les deux. Alors tâchons d’avancer pas après pas : il est important de prendre les décisions en couple ou de se mettre d’accord avant de faire appel à ses parents.
Bien souvent, c’est à l’arrivée des enfants que la relation BM/BF se complexifie entre les deux femmes…